Evolution de la démographie et logements à Genève

Durant la seconde Révolution Industrielle (1870-1910), Genève voit se développer nombre de secteurs économiques (automobile, chimie, produits pharmaceutiques, machines, agro-alimentaires, textiles…). Les productions vont notablement augmenter durant cette période et la structure de l’emploi changer : les usines se multiplient (Pic-Pic, Compagnie de l’industrie électrique, Atliers de Sécheron, Motosacoche, Usine hydro-électrique de Chèvres (1893), nouvelle Usine à gaz de Vernier (1914)…)

L’essor industriel est extraordinaire, mais ce développement s’accompagne d’un cruel manque de logements, notamment de logements ouvriers bon marché.
En effet, la ville de Genève va quintupler sa population en un siècle, passant de 25 000 habitants en 1814, à 131 000 en 1914 et le Canton passera, quant à lui, de 31 000 à 172 000 habitants.

 

Salubrité et hygiène.

Pour loger sa population croissante , Genève entreprend des projets de réaménagement, à l’esprit novateur et audacieux. La conservation des monuments sous leur forme d’origine laisse les architectes du XIXe et du début du XXe siècle relativement indifférents : ils imaginent, démolissent, construisent et reconstruisent, surélèvent, sans égard à la nostalgie, à l’attachement aux vieux souvenirs. La préservation du patrimoine n’est pas à l’ordre du jour, mais l’inventivié et la créativité, l’esthétique. L’hygiène et la salubrité également : les taudis des Rues-Basses, de St-Gervais et du Seujet sont détruits : suroccupation, manque de lumière et d’air salubre.

Dans le cadre de l’amélioration des logements insalubres, des sociétés sont créées. La Société pour l’amélioration du logement, inspirée par la Société genevoise d’utilité publique, est créée en 1892 par l’architecte Charles Barde. Elle a pour rôle de se charger d’analyser les problèmes du logement à Genève et plus particulièrement celui de la classe ouvrière. les anciens quartiers du centre urbain connaissent des transformations profondes. On procède au percement de rues, dans l’enchevêtrement des constructions au pourtour de la ville haute et dans le faubourg de Saint-Gervais. Il s’agit d’y faire pénétrer l’air, la lumière, de faciliter les circulations. Ces mesures d’ « assainissement » contribuent d’autant à l’extension des faubourgs populaires, en provoquant le départ des populations pauvres et ouvrières du centre – le Perron, la Madeleine, l’île, Saint-Gervais puis la Rôtisserie étant vidés d’une partie de leurs habitants en l’espace de quelques décennies.

Logements économiques et manque d’espace.

Le manque de logements économiques pour les populations délogées du centre ville va susciter de nouvelles initiatives dans les premières décennies du XXème siècle. Des lois sont créées, des plans de construction de logements bon marché sont élaborés, des Sociétés coopératives naissent (Le Foyer, Société coopérative d’habitation (1919)). A cette époque, l’exiguïté du territoire communal conduit à une forte valorisation des terrains du centre, qui ne permet pas la construction d’immeubles à bas loyers. Seuls les quartiers des Grottes et des Pâquis disposent encore de terrains bons marchés. C’est donc dans ces deux quartiers que se concentreront les opérations de logements collectifs menées par la Municipalité. En périphérie, des maisons ouvrières (logements sociaux individuels et locatifs) voient le jour et des quartier entiers apparaissent (morcellement de Châtelaine, cité-jardin d’Aïre en 1920-1923, cité de Vieusseux en 1931). Durant cette période, Maurice Braillard, Conseiller d’Etat socialiste en charge du département des Travaux, souhaite reconstruire Genève sur un plan plus aéré, plus salubre, plus lisse, plus propre, plus net, sans quartier riche ni quartier pauvre, un modèle à la soviétique. C’est dans cette optique qu’est élaboré, sous sa direction, le premier plan directeur cantonal en 1935.

Ancien Quai du Seujet 1931

1920-1945

Les années de l’entre-deux guerres et la Seconde Guerre Mondiale voient une croissance assez lente de la population. La construction est en berne, le taux hypothécaire passe de 4 à 5% et les banques, en manque de liquidité, ne prêtent pas ou peu d’argent. Ainsi, la pénurie persiste. Devant ce problème récurrent, la Confédération décide de subventionner la construction si le canton subventionne à même hauteur. Ainsi va naître en 1920 La Fondation des logements économiques.

Les 30 glorieuses

L’après-guerre est une période d’euphorie économique. Les habitants passent de 193’000 à 221’000 habitants. La ville doit être agrandie, le taux de vacance est de 0,2%. Le problème devient la quantité et non la qualité.

Le grand problème est la rareté du terrain occupé par des villas, ainsi que les prix des terrains qui s’envolent. Aussi, le gouvernement va changer les zones et créer en banlieue des zones de développement avec des loyers contrôlés ceci afin de diminuer les prix des terrains.

De 1960 à 1972, la population passe de 260 000 à 332 000 habitants. On modernise les vieux immeubles.
Dans ces années les grands ensembles et villes satellites sont construits :

Tours de Carouge 1958-1963
La Cité Meyrin 1961
Cité nouvelle Lancy-Onex 1961
Gradelle 1963-1967
Le Lignon 1964-1971

Des immeubles à forts gabarits sont construits à Champel, Malagnou, Servette, Grand-Pré.

Ces quartiers, développés massivement durant les années 60-70, incarnent une certaine modernité urbaine : constitués comme des quartiers planifiés, conçus d’un seul tenant et construits rapidement pour absorber la demande croissante en logements à prix abordable, leur caractéristique essentielle réside dans une approche intégrée. Logements collectifs, écoles, commerces et espaces verts y sont pensés conjointement, avec pour ambition de créer de véritables lieux de vie.

Fin du XXème

Dans les années 1980, suite à la crise du pétrole, le canton de Genève traverse une crise du logement majeure. Entre spéculation immobilière et pénurie persistante, les locataires subissent une pression croissante. C’est dans ce contexte que se concrétise le souhait « d’éviter la destruction de logements anciens pour les remplacer par des bureaux  et s’impose une réponse politique forte : le renforcement de la Loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitation (LDTR). Les démolitions et les changements d’affectation sont prohibés, tout immeuble de logements devant être maintenu ‘dans sa substance et son affectation’.

L’idée de construire la « ville sur la ville » au sens littéral du terme reprend alors forme dans les esprits des concepteurs. Au niveau des immeubles de logements, on assiste alors à une colonisation des combles qui sont rendus habitables . Cette densification par le haut prend aussi la forme de surélévations qui commencent à s’installer dans les quartiers historique.

En parallèle, la décennie de 1980 marque un tournant architectural où la modernité s’achève pour laisser place à des questionnements historiques et à une architecture plus expressive. Aux côtés d’exceptions architecturales, par leur volumétrie courbe et organique et leur luminosité colorée, s’inscrivant dans la tendance « pop » ou « kitsch » de l’époque, les nouvelles constructions ,d’inspiration classique,  sont remarquables par leur habitabilité généreuse, en rupture avec le minimalisme de la dimension du logement promu par le mouvement moderne comme règle de l’économie de la construction destinée au plus grand nombre : logements traversants, pièces de dimensions généreuses, espaces lumineux..

Sources :

https://archives-etat-ge.ch

https://blogs.letemps.ch/philippe-meier/

https://architextuel.ch/

A suivre : Typologie des ventilations à Genève , brève histoire